Fatima et Ali (Turquie / Göreme) - 29 mars 2004

Assez étonnant la manière dont nous avons rencontré ce couple... Avant de passer au plat de résistance, il convient donc de vous raconter un peu comment nous en sommes arrivés là.

Résignés pendant une dizaine de jours à ne pas trouver de mariage en Turquie pour cause d'élections municipales, nous avons donc cherché à nous faire le plus de contacts possibles pour préparer notre séjour en Cappadoce où notre objectif était clair : de la Noce !

Monsieur Thuran, travaillant à l'office de tourisme d'Antalya, nous expliqua quelques traditions et nous recommanda un de ses bons amis francophone à 500 kms de là. "Il vous aidera, c'est certain". Numéro de téléphone en poche, nous partons donc assez confiants vers le fond des campagnes turques, maudissant une nouvelle fois ces satanées élections qui nous mettaient bien en retard. Une fois sur place, nous ne manquons pas d'appeler notre potentiel sauveur, au doux nom d'Omer... Dring... Dring... Bip, Bip, Bi;.. Effendi ? Oui, allo ... euh... C'est François et Guillaume de France... On appelle de la part de Monsieur Thuran qui nous a dit que tu pouvais nous aider ... - Pas de problème my friend ; Tu veux quoi ?? un tapis ? une chambre dans hotel super luxe ?? Un massage avec jolies filles ?? Dis moi, Dis moi !!! - Euh ... pas tout à fait. On est des étudiants en sociologie et on réalise une thèse sur le mariage turc. On voudrait savoir si tu pouvais nous donner un coup de main. Ah ! D'accord . OK OK OK OK. Vous êtes à la poste PTT ? J'envoie un autre ami ; ne bougez pas !

10 minutes plus tard, nous étions en compagnie de Mustaf... un agent de voyages qui commença par nous offrir le thé dans son bureau à quelques pas de là. Après quelques explications, il comprit et fit rapidement le tour des bureaux pour vérifier qu'une des secrétaires n'allait pas se marier prochainement. Elles n'avaient pas l'air d'être si pressées ce qui n'arrangeait donc pas trop nos affaires. Quelques coups de fil ne suffisant pas non plus, il nous proposa de nous emmener à une vingtaine de kms de là, dans une plus grande ville, pour aller se renseigner à la mairie. Jolie démonstration de la gentillesses des turcs.

Arrivés dans cette mairie, il expliqua ensuite notre thèse à des fonctionnaires turcs au visage salement impassibles. Rien de bien rassurant. Les cinq bonhommes derrière leurs bureaux auraient fait pâlir une meute de bergers allemands (ils avaient d'ailleurs les mêmes moustaches). Un autre molosse entra ensuite dans la pièce et aboya rapidement quelques mots... Éclats de rire, tapes dans le dos,... changement littéral d'atmosphère. Les voilà maintenant tous détendus, bien plus souriants et tout à fait disposés à nous venir en aide. On apprendra plus tard que le dernier apporta les résultats du loto local ! Bref, l'entretien tourna finalement assez court ; comme la sentence d'un condamné ... le chef des sous-chefs expliqua que le prochain mariage n'aurait pas lieu avant une dizaine de jours. Hors de question d'attendre. Un nouveau plan d'action à mettre en place.

Bien désolé de cet échec, Mustaf nous proposa d'aller tenter l'office de tourisme pour voir si quelqu'un aurait une bonne idée. un peu gênés de monopoliser son après-midi mais bien contents de profiter d'un précieux interprète, nous acceptons. Nous voilà dans un nouveau bureau avec un énième thé, toujours aussi délicieux. Notre projet fait sourire ; le téléphone turc bat son plein et bientôt une dizaine de personnes nous entourent. Chacun muni d'un téléphone, ils interrogent tour à tour les mairies des environs. Ahh ... il semble que la mairie de Göreme marie à 16h. Allez donc y faire un tour et revenez nous voir pour nous tenir au courant. Nous laissons ici Mustaf et le remercions encore, assez éberlués d'une telle gentillesse...

En chemin, nous tentons une autre mairie. Cette fois-ci, il faut se passer d'interprète et réussir à faire comprendre le schmillbick. On explique bien en détail notre petite affaire en anglais mais nous constatons assez rapidement que leur taylor is not so rich. On a donc rapidement adopté le langage des signes. Vous pouvez rigoler mais on aurait voulu vous y voir ; pas évident de mimer un mariage. Bref, après quelques galipettes et tour de passe-passe, ils semblent comprendre que nous sommes très intéressés par cette cérémonie. Visiblement intrigués, quelques longues minutes passèrent avant qu'ils  ne cessent de nous dévisager. La deuxième étape risquait d'être plus facile : connaître le planning. Plusieurs relances n'y suffiront pas... toujours la même réponse : No No No Not possible. La belle impasse ! Ils se décidèrent enfin à aller chercher un homme pouvant nous aider dans nos chimères linguistiques. Vous auriez vu nos bobines quand il nous expliqua dans un anglais parfait que le mariage homosexuel n'est pas possible en Turquie et qu'il regrette vivement de pouvoir nous unir...

Quelques kms et une dizaine de fous rire plus loin, nous arrivons à Göreme pour aller voir ce mariage comme prévu. L'élu responsable de la cérémonie nous explique que le mariage civil doit toujours être célébré dans la famille du marié. Il attend donc que le futur époux vienne le chercher pour le ramener chez lui. Nous attendons avec lui et prions pour que ce marié accepte de nous inviter. Une poignée de mains et à peine une phrase suffiront ! incroyable !!! Nous voilà à 4 dans une vieille Renault 12 au fin fond de la Turquie. Nous arrivons ensuite dans une petite maison. Prière de se déchausser à l'entrée.

Nous apercevons une dizaine de femmes entièrement voilées et entassées dans le fond d'un couloir puis rejoignons le salon où se trouvent plusieurs hommes : les pères des époux, l'Imam, l'oncle et le frère. Une fois la porte fermée, le futur marié passe auprès de chacun et nous salue par une accolade assez étonnante. Nous sommes sur un petit nuage... Il y a seulement quelques minutes, nous étions dans la rue à la recherche d'informations sur le mariage turc... Le frère, parlant un bon anglais, se rapproche et nous explique qu'il allait nous commenter chaque geste. il trouve ça génial qu'on s'intéresse à leurs traditions et veut donc nous aider. Nous sommes en nouvelle fois éberlués... Une sacrée leçon d'hospitalité ; un principe clé de l'Islam.

Il existe deux manières de se marier en Turquie : moderne ou traditionnelle. Concrètement, le mariage moderne est de plus en plus répandu car plus simple et bien moins cher. Il consiste à convier sa famille et ses amis dans une salle de réception pour 2 ou 3 heures en général aux alentours de 20h. Le mariage traditionnel, lui, est bien différent et sacrément passionnant : 3 jours de fête où tout le monde est invité. Pour en savoir plus sur le mariage Turc ainsi que toutes les précisions sur les traditions, cliquez ici.

Mais revenons à notre mariage civil. Le frérot nous précise que les festivités collectives vont commencer 3 jours plus tard. Nous sommes bien évidemment conviés. Pour aujourd'hui, il s'agit juste de signer un contrat civil prévu par la loi. Les époux doivent donner leur accord puis chaque papa. Voir la vidéo.

Voici ci-dessous les photos de cet instant assez privilégié. 

 

Le registre des mariés.

 

Monsieur l'élu ayant la capacité juridique de marier et la télévision couleur.

 

Fatima signe le registre et change donc de nom mais on aura du mal à vous l'écrire correctement, un peu compliqué.

 

Assez gentleman, Ali passe après sa femme et confirme qu'il l'aime bien au point de la marier. 

 

Confirmation officielle du papa moustachu.

 

Confirmation officielle du papa barbu.

 

RDV est pris au vendredi suivant à 9 heures du matin pour une fiesta à tout casser pendant 3 jours.

DRING... (deux français sonnent à la porte, vêtus de pantalons de costume froissés, chaussures bateaux / baskets, chemises à cols suspects, barbe / barbichette ... mais un sourire difficilement égalables)

DRING ENCORE... Que se passe-t-il ? C'est encore bien calme. Ils nous ont peut-être demandé d'arriver plus tôt pour assister aux préparatifs ??!! la porte s'ouvre enfin... Voilà notre marié en pyjama. Etonnant. Il nous reconnaît et nous fait signe d'entrer. Autour d'un thé, il nous explique alors que la mariage est reporté d'une semaine car sa grand-mère était souffrante. Nous essayons alors de lui faire comprendre que nous sommes bien désolés et prenons rapidement congé.

Belle déception. Nous savions que c'était une chance extraordinaire d'assister à ce mariage car le mois de mars n'est d'habitude pas très propice à ces cérémonies. Après s'être morfondus quelques heures, nous sommes de nouveau partis à la recherche d'une noce. A suivre...